ARTHUR CHAUSSY

            Si l’on veut comprendre l‘impact de la personnalité de l’ancien député de Seine-et-Marne, notamment dans la vaste circonscription de Melun qui s’étendait de Pontault-Combault à Arbonne, il faut avoir à l’esprit les conditions inhumaines du travail ouvrier à la fin du XIXè et au début du XXè siècle.

untitled            Arthur Chaussy naît le 18 janvier 1880 à Mézinville, hameau du Gâtinais, non loin de Nemours. Ses parents sont de très modestes cultivateurs. Le jeune Chaussy se révèle un élève brillant à l’école de Chenou, obtenant son Certificat dès l’âge de 12 ans. Il aimerait poursuivre ses études mais les moyens de ses parents ne le permettent pas. Il en concevra tout au long de sa vie un vif regret qui le fera militer pour que la gratuité de l’école s’étende un jour aux collèges et lycées.

            Il trouve un emploi de carrier et le petit rural qu’il était découvre bientôt la vie ouvrière : horaires quotidiens de 10 à 12 heures, pas de vacances, pas d’assurances, ni de protections sociales et moins encore de perspectives de retraite quand viendront les vieux jours.

            Chaussy assiste sur son chantier à un accident de travail mortel qui laisse sans ressources une femme et ses enfants, il décide de ne pas rester les bras croisés. Sa réputation de bon ouvrier lui servira à bâtir avec ses compagnons un syndicat. Il travaille à fédérer les unions locales ouvrières, encore embryonnaires, en fondant à Souppes-sur-Loing, l’une des premières Bourses du Travail de France.

200px-SFIO_svg            A cette époque, les petites fractions socialistes ressentent le besoin de s’unifier politiquement. Ce sera fait en 1905. Chaussy adhère aussitôt à la Section française de l’internationale ouvrière SFIO, ancêtre de l’actuel parti socialiste.

            Mais la guerre de 1914-1918 interrompt sa vie professionnelle et ses engagements. Son courage exceptionnel vaudra à ce pacifiste dans l’âme la Croix de guerre avec deux citations.

            Rendu à la vie civile en 1919, il reprend aussitôt ses activités syndicales et politiques. L’année suivante, lorsque le parti socialiste se divise au Congrès de Tours, il reste fidèle à la « vieille maison » et refuse d’adhérer au nouveau parti communiste français.

            Elu député la même année 1920, il entame à la Chambre un long combat pour le relèvement des salaires ouvriers, pour la suppression de mesures d’un autre âge (comme le « couchage à la paille » des ouvriers agricoles), pour le développement de la protection sociale et de l’hygiène sur les lieux de travail, pour l’égalité des salaires entre ouvriers français et étrangers (à l’époque, surtout des Belges et des Polonais), pour une fiscalité plus juste et, à partir de 1930, contre la montée en puissance du fascisme en Espagne, en Italie et en Allemagne.

            Ses engagements lui valent une grande popularité et, comme on s’en doute, l’hostilité déclarée des privilégiés de la fortune. Mais que peut-on sérieusement reprocher à un Chaussy qui vit pauvrement ? Il n’aura jamais assez d’argent pour acheter une maison, il effectue la plupart de ses déplacements en train ou à bicyclette, il vit au milieu de ses électeurs dont il partage les goûts et les humbles plaisirs.

            Elu conseiller général de Seine-et-Marne, puis maire de Brie-Comte-Robert, il fait construire un pavillon moderne à l’hôpital, réalise le premier stade de la ville, ouvre une boulangerie coopérative, favorise les œuvres scolaires, organise la lutte contre la tuberculose qui fait alors des ravages dans les milieux défavorisés.

            En 1940, le député Chaussy n’admet pas que Pétain et Laval, profitant de la débâcle militaire, s’attachent prioritairement à ruiner les institutions républicaines. Plus courageux que beaucoup de ses collèges, il vote avec 79 autres députés et sénateurs, contre l’instauration de « l’Etat Français » qui s’apprête à collaborer avec l’envahisseur nazi.

            Le parlement mis en veilleuse par Pétain, les conseils généraux sont dissous, les maires ne sont plus élus par les citoyens mais nommés par le gouvernement. Le préfet de Seine-et-Marne – qui passera bientôt à la résistance – voudrait « nommer » Chaussy afin qu’il reste à la tête du Conseil Municipal de Brie. C’est mal connaître le vieux lutteur. Chaussy remercie le préfet mais préfère donner sa démission. Il ose la rendre publique dans l’un des rares journaux locaux bénéficiant encore de quelque liberté.

Retiré à Melun, il entre en relation avec la résistance parlementaire animée de Paris par Jean Odin et reste en liaison avec Henri Hauck, qui a rejoint à Londres le général De Gaulle ; avec Léon Blum, emprisonné avant d’être déporté ; avec Edouard Herriot, président déchu de la Chambre. Il n’ignore rien des réseaux clandestins qui se développent en Brie et dans le Gâtinais.

            Malheureusement atteint par un cancer qui l’emportera peu après la Libération, Chaussy voit ses derniers jours assombris par les intrigues d’un résistant de la dernière heure qui lui reproche de ne pas en avoir fait assez. Il faudra l’intervention de Léon Blum lui-même pour mettre un terme à une campagne calomnieuse qui ne visait qu’à écarter Chaussy de toute responsabilité parlementaire. Mais il est trop tard, Chaussy meurt le 28 décembre 1945, trois jours après les fêtes de Noël.

            De nombreuses communes seine-et-marnaises tiendront à lui rendre hommage en donnant son nom à une rue, une école ou un édifice public. A Combs-la-Ville, l’ancienne propriété du Grand Chêne devient ainsi, en 1978, le parc Chaussy.

 

Source :

Bibliographie sommaire d'Arthur Chaussy rédigée à l'attention de la Shage

par Monsieur Alain VIVIEN,  Ancien ministre et maire de Combs-la-Ville.

 

 

parc-arthur-chaussy-combs-la-ville

Le parc Arthur Chaussy, à Combs-la-Ville.

 

Ascendance seine et marnaise de Arthur Chaussy

 

Jean Baptiste CHAUSSY

Marié à Reine SIVOT

Décédé avant 1721

Jean CHAUSSY - manouvrier

Né le 23/10/1701 à Mondreville 77

Marié le 01/07/1721 à Chenou 77

avec Jeanne BILLARD  (1705 - 1781)

Décédé le 06/01/1773 à Chenou 77

Jean-Baptiste CHAUSSY - manouvrier

Né le 18/01/1725 à Chenou 77

Marié le 26/11/1749 à Mondreville 77

avec Marie Louise CAILLAT

décédé le 12 pluviose an VIII (01/02/1800) à Chenou 77

Pierre CHAUSSY - cultivateur

Né le 27/09/1760 à Chenou 77

Marié le 21/01/1790 à Chenou 77

avec Marie Anne MORILLON (1769 - 1862)

Décédé le 26/03/1836 à Chenou

Jean CHAUSSY - charretier

Né le 5 prairial an VII (24/05/1799) à Chenou 77

Marié le 12/07/1820 à Chenou 77

avec Constance GARNIER (1804 - 1875)

Décédé

Jean CHAUSSY - manouvrier

Né le 02/081823 à Chenou 77

Marié le 19/06/1844 à Mondreville 77

avec Marguerite GARNIER

Décédé le 13/08/1908 à Chateau-Landon 77

Jean Théophile CHAUSSY - cultivateur

Né le 05/08/1844 à Mondreville 77

Marié le 21/10/1873 à Chenou 77

avec Victoire CHAUSSY (1852 - 1918)

Décédé le 30/05/1914 à Mérinville 45

Arthur Théophile CHAUSSY - tailleur de pierre - homme politique

Né le 18/01/1880 à Chateau-Landon 77

Marié le 26/06/1902 à Chateau Landon 77

avec Eugénie CHAUSSY décédée en 1919

Marié le 21/09/1920 à Paris 18e

avec Anaïs COQUELIN

Décédé le 28/12/1945 à Melun 77

 

 

Deux ouvrages ont été consacrés à Arthur Chaussy : par Mme Monique Pruvot, Arthur Chaussy, 1880-1845, paru en 1983 aux éditions de la Fresnaye, puis par Mr.Alain Vivien, Arthur Chaussy, une destinée citoyenne, paru en 2010 aux éditions Amattéis.

Il existe en outre un mémoire de maîtrise de l’université de Paris X, soutenue en 1999 par Mme Rachel Fleischman, La trajectoire politique et sociale d’Arthur Chaussy, 1880-1945, resté à ce jour inédit.