COLUCHE A FONTAINEBLEAU !

Petite histoire dans la Grande.

 

on_ne_11.jpgTout le monde connaît la gravure populaire représentant, d’après Horace Vernet, un conscrit de l’armée d’Allemagne, de faction la nuit, et croisant la baïonnette devant son empereur ; « Quand tu serais le petit caporal, on ne passe pas » ! 

            Ce conscrit de 1809, Jean-Alexandre Coluche, natif de Gastins (Seine-et-Marne), où il habite, est bien portant malgré ses 83 ans, et il a fait cette année (1863) le voyage de Fontainebleau.

            Il ne voulait pas mourir, disait-il souvent, sans voir l’Empereur, et sachant que la Cour était à Fontainebleau, Jean Coluche, revêtu de son ancien uniforme, et portant la décoration de la Légion d’honneur, qu’il reçut autrefois des mains de Napoléon 1er, s’est présenté au palais, le 27 juin, demandant à voir l’Empereur.

 

coluchejb420.bmp            L’Empereur averti, s’empressa de recevoir le vieux soldat ; il vint affectueusement au-devant de lui et lui serra cordialement la main.

            Mais Coluche fut fort embarrassé quand, avec ses souliers à clous, il dut s’avancer sur le parquet du salon. Deux des personnes qui se trouvaient avec l’Empereur virent son embarras, et le prirent chacun par un bras. Coluche, fort reconnaissant, demanda à l’Empereur quels étaient ces messieurs.  Ce sont deux de mes généraux, lui répondit l’Empereur. Ah ! Ceux de mon temps, répliqua Coluche, ne quittaient pas leur uniforme ; mais c’est égal, ajouta-t-il, ce sont de bien braves gens tout de même !

            L’Empereur lui fit raconter avec détails la scène historique dans laquelle Coluche croisa la baïonnette sur Napoléon, en lui disant : on ne passe pas !

            Puis il le reconduisait lorsque Coluche, qui n’était qu’à moitié satisfait, se retourne et dit : -« Et Madame l’impératrice, mon Empereur, est-ce que je ne pourrai pas aussi lui dire bonjour ».

            L’Empereur, pour accéder au désir du vieux brave, fit prévenir l’Impératrice, à laquelle Coluche, en son langage pittoresque, raconte encore la scène que vous savez.

            Coluche trouva l’Impératrice fort à son gré, et complimenta l’Empereur sur son bon goût.

            Puis il demanda à voir le PETIT, qui malheureusement était à la promenade.

            Coluche se retirait enchanté ; une larme d’attendrissement s’échappait de sa paupière, il fouille à sa poche pour prendre son mouchoir, afin de s’essuyer les yeux, et il trouve : un rouleau d’or… il y avait dedans trente beaux Napoléons ; et aux pleurs d’attendrissement de Coluche se mêlèrent des larmes de reconnaissance.

            Depuis, il raconte ses bonheurs à qui veut l’entendre, et ce sont plusieurs de ses auditeurs de Nangis qui nous ont donné ces détails.

 

Jean-Alexandre COLUCHE est né à Gastins en Seine-et-Marne, le 30 mars 1780.

 

cartes-postales-photos-Cafe-Plisset-GASTINS-77370-77-77201003-maxi.jpg

 

Après la chute de l’Empire, il se retire à  Gastins, où il tient une auberge, l’actuel café Plisset.

 

DSCN4824_400.jpg

 

Il décédé le 2 mai 1867 à Gastins , où il est enterré..

 

 

 

Sources :

Extrait almanach historique de Seine et Marne– année 1863 – bibliothèque de la Shage.