Claude François DENECOURT  (1788 - 1875)

et la forêt de Fontainebleau

 

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Claude François DENECOURT est né le 4 décembre 1788 à Neurey-en-Vaux en Haute Saône. Il est l'aîné d'une famille de onze enfants. Ses parents sont de modestes vignerons.

Il entre très jeune au service d'un parent aubergiste puis, en 1809, il s'engage comme volontaire dans l'armée napoléonienne et participe aux campagnes d'Espagne et de Prusse.

Il est mis en retraite en 1812 à la suite de blessures puis envoyé à Mayence en qualité de lieutenant des douanes.

 

En 1814, la guerre est finie et les Bourbon règnent. Agé de 25 ans, il vient à Paris apprendre le métier de bijoutier en faux. Tout allait bien quand on apprit que l'exilé de l'Île d'Elbe venait de débarquer à Fréjus. Sa mentalité de soldat prit alors le dessus et Denecourt partit immédiatement au-devant de l'Empereur entraînant avec lui plusieurs de ses camarades d'atelier.

Il reprend du service et, promu sergent, combat jusqu'en 1815.

Il achève sa carrière militaire comme concierge de caserne à Melun puis à Versailles, ce qui lui permet d'amasser une "petite fortune" en vendant vin et eau de vie aux soldats.

 

Bien que "quasiment analphabète" à l'âge de vingt ans, il découvre les livres et la politique. Ses idées libérales puis républicaines, lui valent d'être muté à Fontainebleau en 1832, où il est destitué quelques mois plus tard.

En octobre 1839, il profite d'une grande manœuvre militaire pour publier un petit fascicule permettant de se rendre sur les lieux et d'admirer les troupes qui défilent.

 

Libre de son temps, Denecourt découvre avec enthousiasme les beautés de la forêt qu'il se met à parcourir dans tous les sens.

Il faut rappeler que jusqu'au XIXe siècle, les vastes forêts jouissaient d'une fort mauvaise réputation auprès de la population. Hormis les nobles qui seuls avaient le droit d'y chasser, les gens du commun évitaient de traverser les bois. Considérée comme un désert inhospitalier peuplé de voleurs, de sangliers, de loups ou de coupe-jarrets, seuls s'aventuraient dans la forêt ceux qui en vivaient : bûcherons, carriers, braconniers et quelques fugitifs recherchés par la police.

 

 

A partir de 1842, il commence à tracer lui-même les chemins grâce à l'aide des carriers, tailleurs des pavés des rues parisiennes, fervents républicains.

 

A cette époque, le train amène les touristes parisiens attirés par la notoriété de Barbizon et de ses peintres ainsi que par le site de Fontainebleau. L'ouverture en 1850 de la gare d'Avon ne fait qu'accentuer ce phénomène.

Pour attirer des visiteurs dans son domaine dont il vantait les beautés, François Denecourt consacre tout son temps et ses deniers pour donner vie à sa forêt, à la civiliser.

Il y trace des sentiers, des itinéraires vers des sites intéressants, leur donne un nom, et, bien qu'autodidacte, il écrit son premier guide qu'il illustre et enrichit d'un plan.

 

Pour rendre sa forêt plus alléchante aux touristes, notre sylvain effectue une véritable mise en scène, allant jusqu'à arranger la nature à sa façon, aménageant des points de vue, des grottes, creusant des fontaines, des cavernes, qu'il baptise - les mauvaises langues disent "affuble" - de noms qui intriguent ou font rêver tels, la "route de la mort", la "Malemontagne" ou la "caverne des brigands".   

            

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L'histoire de la Caverne des Brigands fait partie des aimables récits que notre guide imaginait pour épater ou distraire les visiteurs de la forêt. Il avait compris, bien avant les voyagistes modernes, que pour mettre en valeur sa forêt bien aimée, rien ne valait une mise en scène pittoresque.

C'est ainsi qu'il engagea le tenancier de la buvette qui désaltérait le promeneur aux abords des Gorges, à lui aménager avec ses fils, une caverne montée de toutes pièces.

Arrangeant et ordonnant dans son sens l'amoncellement des roches qui se prêtait à la malice, il inventa dans la foulée une histoire de brigands capable de faire frémir sa riche clientèle.

Cette grotte à deux issues, située non loin de Barbizon près des Gorges d'Apremont, aurait été, sous le règne de Louis XV, le repaire de la redoutable bande à Thissier, un brigand cruel et sanguinaire.

Et cela marcha si fort, qu'aujourd'hui encore on raconte cette légende aux enfants qui visitent ce lieu.

 

En 1850, il prétend s'être ruiné et fait appel au mécénat pour financer de nouveaux travaux dont une tour d'observation appelée Fort l'Empereur lors de son inauguration en 1853 par l'Empereur Napoléon III. Aujourd'hui, on la nomme "Tour Denecourt".

 

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Denecourt balise ses promenades au moyen de flèches bleues. Il attribue un nom aux 600 arbres, 700 rochers, sites et points de vue les plus remarquables.

 

   

Denecourt Vautour_(I)denecourt, femme qui dort 

                          

                 "femme qui dort et homme qui veille"                                                 "le vautour"

 

Des esprits chagrins, des intellectuels malins se sont crus spirituels de moquer le travail de Denecourt, de dénigrer son œuvre. Mais il sut se défendre avec intelligence, avec des mots simples, avant que ses idées ne soient reprisent et copiées partout ailleurs, avec les balises des innombrables sentiers de grande randonnée qui traversent l'Europe.

 

Son heure de gloire arrive lorsque de grands écrivains du XIXe siècle, Lamartine, Hugo, Sand, Baudelaire, Musset, Gautier et quelques autres, saluent le "grand Sylvain de la forêt de Bière" dans Hommage à Denecourt, un recueil de 43 textes en prose ou en vers, publié en 1855, par l'élite des jeunes auteurs contemporains.

 

Parallèlement à son travail de balisage, Claude François Denecourt s'insurge contre la coupe intensive du bois. Le journal des Arts, des Sciences et des Lettres du 18 novembre 1861 rapporte également une plainte de Denecourt pour l'exploitation du grès qui détruit les superbes masses des rochers antédiluviens de la Gorge du Houx.

 

 

Denecourt                                                                                                                                    Ce grand amoureux de la forêt décède à Fontainebleau le 25 mars 1875 à 86 ans. Son acte de décès mentionne comme profession : homme de lettres.

Il était époux de Marguerite Delahaye. Cette dernière décède le 4 mai 1875 à Fontainebleau à l'âge de 86 ans. 

 

 

 

 

De nos jours, ces sentiers bleus Denecourt - couleur utilisée sur les panneaux indicateurs - existent toujours. Ils sont baptisés "Sentiers Denecourt - Colinet" du nom de Charles Colinet (1839 - 1905) ancien fonctionnaire des Ponts et Chaussées,  qui a continué l'œuvre de Denecourt.

 

 

 

 

 

 

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Tombe de Claude François Denecourt

Le médaillon en bronze est l’œuvre d'Adam-Salomon.

 

 

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Sources :

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Claude-François Denecourt de Wikipédia en français (auteurs)

http://fontainebleau-photo.com. Site de Mr. Olivier Blaise, photographe à Samois-sur-Seine.