LAURENT TAILHADE.

 

Poète satirique et libertaire, Laurent Tailhade fut un personnage incontournable de la vie parisienne littéraire et politique de 1878 à sa mort à Combs-la-Ville survenu en 1919.

Féroce polémiste, il fut également un redoutable duelliste, avec plus de tente duels à son actif.

Aujourd’hui écrivain complètement oublié, il a influencé plusieurs de ses contemporains parmi les plus célèbres de son époque.

 

Laurent Tailhade naît le 16 avril 1854 à Tarbes. Il est le fils de Félix Tailhade, magistrat conservateur, et de Ernestine Jacomet.

 

Il suit des études à Toulouse chez lez Jésuites, puis au lycée de Tarbes.

Rameau Portrait Signature MarianiPour l’anecdote le pion  qui surveille les élèves est Théophile Delcassé, futur ministre de la IIIe République.

Il se fait remarqué par ses nombreux écrits poétiques.

Il participe déjà  à la rédaction de L'Echo des Trouvères, élégant hebdomadaire littéraire de Toulouse.

En 1878, il séjourné à Paris  où Armand Silvestre le présente à Théodore de Banville.

6 janvier 1879, il épouse Marie-Agathe Eugénie de Gourcuff. Le couple s'installe à Bagnères-de-Bigorre.

Avril 1880 - Parution chez Alphonse Lemerre, l'éditeur des Parnassiens, de son premier volume de vers, " Le Jardin des Rêves ". Dédié à Armand Silvestre, il est préfacé par Théodore de Banville. Tailhade demeure alors à Paris jusqu'en mai de cette année. Il approche Heredia, Coppée et Louis-Xavier de Ricard.

Le 20 septembre 1882, au petit matin, premier duel connu de Laurent Tailhade avec l'un des responsables du Casino de Bagnères-de-Bigorre. Le premier d'une longue série qui approchera les 30.

 

29 janvier 1883 - Décès de la jeune épouse de Tailhade. Elle n'a pas 25 ans.

Il part s’installer à Paris. Il fréquente Le Chat Noir, les Félibres parisiens et se lie d'amitié avec Joseph Gayda qui l'entraîne dans le cercle des Zutistes, à la Maison de Bois, située rue de Rennes. Là, il rencontre Charles Cros, ainsi que toute la jeune bohème littéraire : Alphonse Allais, Louis Marsolleau, Charles Vignier, Jean Moréas, Edmond Haraucourt, Jean Ajalbert, Marie Krysinska, Fernand Icres, Georges d'Esparbès, Léo Trézenik et Ernest Raynaud, l'un de ses amis les plus fidèles.

 

1884 - 1885 - Il s'installe à l'hôtel Foyot. Il rencontre Verlaine et Mallarmé. Ses meilleurs amis sont alors Jean Lorrain, Jean Moréas, Stanislas de Guaita et Maurice Barrès. Viendront bientôt s'ajouter Victor Margueritte, Oscar Méténier et Félix Fénéon, Il collabore à Lutèce, au Chat Noir et à La Revue Indépendante.

 

Son père, qui lui a coupé les vivres, l'oblige à rentrer à Bagnères, où sa famille lui a trouvé un nouveau parti en la personne de Mélanie Maruéjouls. Le mariage est célébré le 2 février 1886. Le mariage ne tient pas plus d’un an.

 

1887 - Tailhade adhère à la franc-maçonnerie à Toulouse, où il a repris des études de droit. Il groupe autour de lui un cercle de disciples, parmi lesquels on trouve Gheusi et Georges Fourest.

 

En 1889, il est l'un des premiers collaborateurs de La Plume, du Mercure de France et de L'Ermitage. Il fréquente Léon Bloy, Papus, Edouard Dubus, Henry d'Argis, Fernand Clerget, Mme Prévost- Roqueplan, la comtesse Diane de Beausacq, Marie de Maleissye..

 

1891 - Tailhade publie " Vitraux " chez Lemerre et " Au Pays du Mufle " chez Léon Vanier. Ce dernier recueil reprend ses ballades les plus assassines publiées au Mercure.

 

 

Il a une intense activité de conférencier.

Le 10 novembre 1893,  il fait une conférence critique avant la représentation d' " Un Ennemi du Peuple " d'Ibsen au théâtre de l'œuvre. Ce petit chef d'œuvre de provocation déchaîne une véritable tempête dans la salle. Heureusement, ses partisans sont là pour le soutenir : Stéphane Mallarmé, Octave Mirbeau, Maurice Barrès, José-Maria de Heredia, Saint-Pol Roux, Rachilde, Paul Gauguin, Henry de Groux, Maurice Denis, Roger Marx, Francis Vielé-Griffin...

 

Le 9 décembre, au banquet de La Plume, apprenant l'attentat de l’anarchiste Auguste Vaillant à la Chambre des Députés, il déclare au journaliste venu l'interroger : " Qu'importent les victimes si le geste est beau ! ». Il soulève un tollé général dans la presse.

 

tailhade03_quelquesfantomesdejadisLe 4 avril 1894, il est  victime d’un attentat anarchiste. Il perd un œil.

La presse se gausse de sa mésaventure et salue cette " bombe intelligente ". Seul Léon Bloy, Alfred Vallette et Jean Carrère montent au créneau pour prendre sa défense.

 

A peine sorti de l'hôpital, Tailhade veut en découdre avec tous ceux qui l'ont insulté tandis qu'il était alité. Il expédie ses témoins, Stanislas de Guaita et Marcel Schwob aux quatre coins des rédactions de la presse parisienne. Afin d'affirmer publiquement son amitié à Tailhade, Sarah Bernhardt l'engage pour donner une conférence avant l'ultime représentation de Phèdre que la divine donne au théâtre de la Renaissance.

A peine quinze jours après être sorti de l'hôpital, Tailhade déchaînent à nouveau la salle par ses provocations. Alfred Jarry est là qui jubile : il transcrira ces hauts faits dans un chapitre des " Gestes et Opinions du docteur Faustroll, pataphysicien ".

 

En 1895, il  entre à L'Echo de Paris, où il signe ses articles du pseudonyme de Tybalt. Il y restera jusqu'en février 1897. Dans un article il dénonce l'antisémitisme des étudiants ; ce qui déchaîne une manifestation des Camelots du Roi.

Suite à cet article, il se bat en duel le 29 juin contre d'Elissagaray, journaliste à L'Antijuif et à la Libre Parole. Tailhade est sérieusement blessé à la main. Huit jours auparavant il s'est battu contre Jules Blois qui deviendra peu après son ami. Le 2 juillet, il retourne sur le pré contre le président de l'Association des étudiants.

 

Il collabore au Voltaire, à La Revue Rouge et au Libertaire.

 Il quitte L'Echo de Paris, qui est devenu antidreyfusard. Quelque temps auparavant, le  journal avait été lourdement condamné pour avoir publié un de ses articles dénonçant la pédophilie de l'ensemble du clergé haut-pyrénéen.

En 1898, Tailhade entre dans le combat dreyfusard au côté de son maître Zola. Il écrit dans L'Aurore et dans Les Droits de l'Homme. Les duels alors s'enchaînent sans répit. Le 8 juillet contre Raphaël Viau qui s'était payé sa tête dans La Libre Parole après l'altercation qui avait conduit la nationaliste Marie-Anne de Bovet à gifler Tailhade et ce dernier à lui répliquer en lui crachant au visage. Et surtout le 17 octobre, où un duel furieux l'opposa à son ancien compagnon, Maurice Barrès. Tailhade fut gravement blessé au bras par l'épée de Barrès. Cette même année, Yvette Guibert lui commande des chansons qu'il ne lui fera jamais. Publication de " Terre Latine " chez Lemerre.

 

1899 - Hospitalisé une nouvelle fois, Tailhade reçoit la visite d'Anatole France et d'Emile Zola qui tentent de lui trouver une situation stable dans la presse.

Il collabore au Journal du Peuple, puis commence à écrire à La Petite République, journal socialiste, où il se lie d'amitié avec Jean Jaurès.

 

Le 17 janvier1901, à Paris, Tailhade épouse Eugénie Pochon de Colney, sœur de son ami, Fernand Kolney.. Ils vont s’installer  très rapidement à Combs-la-Ville.

La mariée a vingt-deux ans de moins que l'époux. Les témoins sont Raoul d'Audiffret, Jacques de Boisjolin et Jean Jaurès.

 

Publication de " la touffe de sauge " aux éditions de la Plume. Tailhade collabore au Français et à La Raison, périodique anticlérical. Mais c'est son article du Libertaire paru le 15 septembre 1901, intitulé " Le Triomphe de la Domesticité ", véritable appel au meurtre sur la personne du tsar, qui l'envoie tout droit à la prison de la santé pour un an. La campagne menée par ses amis, Zola, Kahn, France, Mirbeau, Boès, Sembat etc abrègera son séjour de moitié. En prison, il termine sa traduction du Satyricon de Pétrone qui paraît chez Fasquelle l'année suivante.

 

1902 - Parution de " Discours Civiques " chez Stock. Différend matrimonial avec Ninette, sa femme, dans lequel Mme Prévost-Roqueplan joue un rôle que ne lui pardonnera pas Tailhade et qui sera à l'origine de la parution, deux ans plus tard, du " Salon de Madame Truphot " que l'électron libre Fernand Kolney commettra pensant servir - à tort - son beau-frère. Tailhade reçoit chez lui Fernand Desprès et Miguel Almereyda, le futur père du cinéaste Jean Vigo. Il reprend sa collaboration à L'Aurore et à La Raison.

 

1903 - Tailhade Collabore très régulièrement à L'Action, quotidien farouchement anticlérical. Il y restera jusqu'à la fin de l'année 1905. Il signe aussi plusieurs textes dans L'Assiette au Beurre. Le 28 avril, Ninette donne naissance à sa fille Laurence. Séjournant à Camaret, durant la fin de l'été, il donne des articles à L'Action qui dénoncent l'alcoolisme de la population.

 

En 1904, il collabore  à L'Humanité que vient de fonder Jaurès et à L'Internationale. Publication des " Poèmes Aristophanesques " au Mercure de France et des " Lettres Familières " à La librairie de La Raison.

1905 - Tailhade commence à prendre ses distances avec les libre-penseurs. Il signe des articles vengeurs dans Le Figaro sous le pseudonyme d'Azède. L'utilisation, sans son consentement, de son nom comme signataire de la fameuse affiche rouge antimilitariste qui encourageait les soldats à abattre leurs officiers, provoque une véritable rupture avec ses anciens compagnons de lutte. Publication chez Flammarion de sa traduction de " Trois comédies " de Plaute.

1906 - Poussé par le très réactionnaire Aristide Bruant, que Tailhade fréquente alors, il écrit deux lettres publiques de reniement, l'une à Arthur Meyer, que Le Gaulois publie le 22 janvier ; l'autre à Edouard Drumont que dévoile La Libre Parole du 29 janvier. Pourtant ce reniement sera sans lendemain. Ce simple mouvement d'humeur lui coûtera cher, car c'est celui qu'on retiendra dans sa vie parmi d'autres plus glorieux, pour l'accuser au mieux de versatilité, au pire de traîtrise. Cette année-là, il donne de nombreux textes à La Nouvelle Revue que dirige son fidèle P.-B. Gheusi.

 

1907 - Publication de " Poèmes Elégiaques " au Mercure de France. Il commence à collaborer à l'hebdomadaire Je Dis Tout dirigé par Jacques Landau, où il prend la défense de Matha, Sébastien Faure ou encore Malato . Le 14 août, il est le témoin du mariage de son ami Sacha Guitry avec Charlotte Lysés.

 

1908 - Séjours fréquents en Belgique pour des conférences (Bruxelles, Ostende, Anvers). Amitié avec James Ensor que lui a présenté son amie Emma Lambotte. Le 4 avril, il donne une conférence au Théâtre Fémina pour présenter un jeune poète de dix-huit ans nommé Jean Cocteau.

1909 - Collaboration à la revue Akademos. Publication chez Messein de sa traduction de " La Farce de la Marmite " de Plaute.

 

Le 18 novembre il se bat en duel contre Gustave Téry, directeur de l'Oeuvre, alors antisémite.

A 55 ans, malade, saturé de morphine, borgne et pour ainsi dire manchot, Tailhade trouve encore la force d'embrocher son adversaire à la cinquième reprise. 547PX-~1Quatre jours plus tard, le 22 novembre, c'est Urbain Gohier qui le traîne sur le pré. Tandis que son adversaire ajustera deux balles dans sa direction, Tailhade chevaleresque, ne fera pas usage de son arme.

1910 - Le 13 février, répétition générale, à l'Opéra, de son drame musical en deux actes "La Forêt". Les bénéfices vont aux victimes des inondations qui accablent alors Paris.

Tailhade fait la connaissance de Neel Doff chez Emma Lambotte. Enthousiasmé par "Jours de famine et de détresse", il se fait le héraut du talent de la jeune femme. Malgré l'appui de Mirbeau, Descaves et Geffroy, il ne parviendra pas à lui faire attribuer le prix Goncourt, l'année suivante.

                                    

En 1911, Tailhade commence à collaborer à Comoedia . Il y donnera des articles jusqu'en août 1914.

 

3 janvier 1912, il a un duel au pistolet avec Sylvain Bonmariage.

 

1913 - Publication de " Plâtres et Marbres " chez Figuière.


1914 - Publication des " Commérages de Tybalt " chez Georges Crès. A la déclaration de guerre, Prenant exemple sur Anatole France, Tailhade se porte volontaire pour être engagé le 2 octobre

 

1915 - Tailhade se replie sur Nice, accueilli par son ami Emile Vitta. Il y retrouve Xavier Privas et Marguerite tailhadeMoreno. Il a des contacts avec les écrivains anglais qui s'intéressent à son œuvre : Wilfried Owen, Richard Aldington, ou encore Ezra Pound.

 

Collaboration à La Vérité. Tailhade y écrit des articles pacifistes et, en opposant de toujours au régime tsariste qu'il est resté, il salue la Révolution bolchevique.

 

Epuisé par ses congestions pulmonaires à répétition, Tailhade s'éteint le 1er novembre 1919 à Combs-la-Ville, laissant sa femme Eugénie et sa fille Laurence dans un certain dénuement. Une souscription, en grande partie alimentée par Sacha Guitry, le sauvera de la fosse commune le 20 février 1921, pour lui donner une sépulture au cimetière Montparnasse.

 

 

 

 

Sources Internet :

 Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Laurent Tailhade de Wikipédia en français (auteurs)

 http://tybalt.pagesperso-orange.fr/Tailhade/accueil_tailhade.htm