Thibaud IV de Champagne (1201-1253), dit «Thibaud le Posthume »

 

Le personnage

 

2490574757_small_1.jpgComte de Champagne (1201-1253) et roi de Navarre, sous le nom de Thibaud Ier (1234-1253), Thibaud le Posthume est le plus connu des comtes de Champagne. Il représente l’archétype du seigneur médiéval : preux chevalier et gentilhomme poète.

Il perpétue à la cour de Louis IX l’art de la poésie et des chansons de trouvères (poètes s'exprimant en langue d'oïl). Il laisse une œuvre poétique remarquable et variée.

Il était fils de Thibaud III, comte de Champagne, et de Blanche de Navarre (1177-1229). Son parrain fut Philippe Auguste, roi de France qui l'éduqua à la cour. Il y fut confié aux bons soins de Blanche de Castille, épouse du prince héritier, le futur Louis VIII, cousine de son père par Aliénor d'Aquitaine et petite-cousine de sa mère par les couples García V de Navarre - Marguerite de l'Aigle et Alphonse VII de Castille - Bérengère de Barcelone.

Après que la succession lui eut été contestée par un cousin (Guerre de succession de Champagne, 1216-1221), Thibaut prit en main l'administration de ses États.

Vers 1220, il épousa Gertrude de Dabo, fille d'Albert II de Dabo-Moha, comte de Dabo, de Moha et de Metz, et veuve de Thiébaud Ier, duc de Lorraine, en espérant s'approprier le comté de Metz. Après l'échec de cette tentative, il répudia Gertrude.

En 1223, il épousa en secondes noces Agnès de Beaujeu, cousine du futur Saint-Louis qui fut sa compagne de jeux à la cour de France. Elle était fille de Guichard IV, sire de Beaujeu et de Sibylle de Hainaut.

En 1224, il participa aux campagnes de Louis VIII contre les Anglais, et notamment au siège de La Rochelle, puis contre les Cathares, mais quitta la croisade une fois effectué les quarante jours de service requis, au grand mécontentement du roi. En 1228, il servit de négociateur, avec l'accord du comte de Toulouse, dans l'élaboration du projet de traité de Paris, qui mettra fin à la croisade des Albigeois. En 1232, il épousa en troisième noces Marguerite de Bourbon, fille d'Archambaud VIII, seigneur de Bourbon et d'Alix de Forez.

En 1234, Thibaud reçut la couronne de Navarre, après la mort de Sanche VII le Fort, son oncle, frère de sa mère Blanche de Navarre.

Pendant la minorité de Louis IX, Thibaut rassembla autour de lui quelques « Barons » formant une ligue des grands vassaux qui voulaient s'opposer au sacre du jeune roi, mais les trahissant, il se rendit rapidement auprès du roi et se soumit. Ses alliés, indignés de cette défection, se jetèrent aussitôt sur son comté qu'ils ravagèrent et ils en auraient pris la capitale, Troyes, si l'armée royale n'était venue la secourir.

En 1239, à la suite de l'appel du pape Grégoire IX, il conduisit une croisade en Terre Sainte.

En 1240, la légende veut qu'il ait rapporté de Damas « dans son heaume », le rosier dit « de Provins », de son nom latin rosa gallica 'officinalis', il rapporta également un morceau de la vraie croix et la tradition veut qu'il en ait rapporté le cépage Chardonnay qui entre dans la composition du champagne.

Sa passion amoureuse pour la reine de France, Blanche de Castille — qui en profita pour le manipuler en politique — lui inspira chansons et poésies qu'il faisait peindre sur les murs de ses palais de Troyes et de Provins. Ceci lui valut le qualificatif de « chansonnier ». Il est l'auteur de 71 compositions lyriques variées (dont 37 chansons d'amour) dans lesquelles il fait montre d'une grande virtuosité technique et verbale (il apprécie jeux de mots, pointes, métaphores filées et allégories) ainsi que d'une certaine désinvolture ironique envers la matière courtoise. Thibaut de Champagne est le trouvère le plus célébré de son temps. Il meurt en Navarre, à Pampelune, le 14 juillet 1253 à l'âge de 52 ans.

 

Son histoire avec la Seine-et-Marne

 

800px-Collegiale_Saint-Quiriace_Provins_sudBaptisé en présence de son parrain Philippe Auguste à l’église Saint-Quiriace de Provins, Thibaud passe une grande partie de sa jeunesse à la cour du roi. En 1230, il se réfugie à Provins lorsque la ligue des barons se retourne contre lui et ravage la Champagne. Il fait alors entourer la ville d’une muraille basse.

De la sixième croisade, en 1239, il ramène la rose de Damas, dont il fait de image063.jpgnombreuses plantations, et qui devient par la suite la rose de Provins.

 Il rapporte également un morceau de la vraie croix et le cep « Chardonnay », sans lequel le champagne n’existerait pas. Il fonde en 1248 le monastère des Dames Cordelières face à son palais de Provins. La légende raconte que ce monastère fut construit à la demande de sainte Catherine, qui serait apparue à Thibaud un soir où, regardant par l’une des fenêtres de son palais, il vit sur la colline opposée, dans une lumière divine, l’apparition d’une belle jeune femme lui dessinant le bâtiment.

 

 

La rose de Provins

 

image065.jpgCette fameuse rose rouge, fut ramenée, dit la tradition, de Terre Sainte par Thibaut IV le Chansonnier. Ce serait vers 1240 que de retour de croisade, Thibaut IV aurait introduit en France cette rose d’une excellente qualité dont il aurait fait d’importantes plantations aux environs immédiats de Provins. Charles Cochet-Cochet, rosiériste réputé, horticulteur de renom et historien local distingué, détruisit en 1933, la légende de la rose de Provins que le comte de Champagne ne put importer en France pour l’excellente raison que cette fleur n’est autre que la rosa gallica qui est spontanée chez nous ! La rose sensationnelle - le qualificatif est de Cochet-Cochet - rapportée de Terre Sainte et plantée dans la Brie au XIIIe siècle par Thibaut le Chansonnier, serait la rose de Damas issue - il y a nombre de siècles - du croisement de la rosa gallica avec la rosa canina . Ce fut une précieuse acquisition pour notre contrée. Les roseraies de Provins devinrent bientôt célèbres et l’utilisation de la rose fut extrêmement fréquente en médecine, dans les cérémonies religieuses et profanes.

 

Le Couvent des Cordelières

image067.jpg La légende raconte qu’un soir, Thibault IV, regardant par l’une des fenêtres de son palais, vit sur la colline opposée une « clarté divine et lumineuse » enveloppant une « dame bien faite qui dessinait un bâtiment ». Les gens de religion consultés convainquirent le Comte de la demande de Sainte Catherine de bâtir un monastère. Les vignes disparurent, une enceinte de pierre les remplaça.

La charte de fondation du monastère par Thibault IV porte la date de 1248, cependant les religieuses Cordelières envoyées par Sainte Claire d’Assise elle-même (la sœur de Saint François) s’installèrent à Provins avant cette date et reçurent l’hospitalité au Palais, jusqu’à l’achèvement des travaux. Thibault IV, puis Thibault V lui accordèrent de substantiels revenus, le Pape accorda des indulgences aux donateurs, et Jeanne de Navarre, dernière Comtesse de Champagne, épouse de Philippe le Bel, aida généreusement à l’établissement de ce monastère.

Le Pape autorisera même les Comtes de Champagne à y séjourner, un logis spécial fut bâti pour les recevoir. L’église et les bâtiments réguliers s’érigèrent jusqu’au début du XIV° siècle.

 Chapelains et confesseurs des religieuses venaient de Sainte Croix, paroisse dont dépendait ce couvent. La période de prospérité sera de courte durée. Ce monastère fondé hors les murs de la ville fut une position stratégique, adoptée  au fil des siècles par les assiégeants…Dès la fin du XIV° siècle le monastère fut ravagé et abandonné par ses occupantes qui se réfugièrent au Palais.

L’église fut quasi détruite, et les Anglais lors du sac de Provins en 1432, la ruinèrent complètement.

Au XVème siècle,  les Cordelières ruinées dans leur monastère détruit, parvinrent à faire construire une nouvelle église rectangulaire en saillie sur l’aile Est, c’est celle qui nous est parvenue. Cette église bâtie entre deux pillages brûla elle-même à deux reprises.

Les travaux de réfection ne modifièrent pas son aspect, le berceau de bois la couvrant fut posé en 1580. Deux portes permettaient l’entrée, une située dans le mur Ouest de l’église donnant accès par le cloître et l’autre au Sud, protégée par un petit porche servant à abriter les Pères venant officier dans leur trajet de l’église à leur logis proche.

En 1505, l’Archevêque autorisa les religieuses à quêter pour la réédification de leur monastère. En 1560, l’imprudence d’une sœur livra le dortoir, l’église et une partie du Chapitre aux flammes.

imagesCAS0EYIH.jpgCes bâtiments furent refaits rapidement, mais dès 1567, les Huguenots occupant les alentours de Provins, le gouverneur fit mettre le feu aux quatre coins du couvent  pour les empêcher de s’y loger. Les religieuses séjournèrent à nouveau au Palais des Comtes.  En juillet 1580, l’édifice fut rendu au culte, mais dès août 1592, Henri IV y campa avec un grand nombre des siens, environ 5 ou 6 jours. Les habitants de Provins tirèrent du canon vers  le pavillon résidentiel du roi et parvinrent à le déloger. La ville capitula début septembre, le roi donna l’ordre de récompenser les Cordelières des pertes et démolition subies.

Elue abbesse en 1596, les réparations incombèrent à Jeanne d’Allonville, historienne qui fit des recherches poussées concernant l’histoire de ce couvent, et qui nous a transmis un précieux cartulaire décrivant  le passé et son présent. En 1622, révolution domestique, les sœurs quittèrent l’habit blanc pour la même étoffe grise que les Cordeliers.

Ces frères détenant la direction spirituelle du couvent prirent une place très équivoque. L’inconduite fut telle que les religieuses restées sérieuses demandèrent un changement de direction et la protection de l’Archevêque qui expulsa les frères Cordeliers et nomma un confesseur.

Soutenus par quelques religieuses, les Frères obtinrent un décret en leur faveur, c’est alors que parut, en 1668, le « factum pour les religieuses de Sainte Catherine contre les Pères Cordeliers », dénonçant les infamies attribuées aux frères. En 1669, un arrêt du Parlement place ce monastère sous la direction de l’Archevêque. En 1664, on comptait plus d’une trentaine d’âmes, et seulement 3 en 1738. Le décret d’extinction parut en 1742 et l’érection en Hôpital général en 1743.

Une nouvelle congrégation s’installa avec mission de servir les pauvres. De gros frais furent alors engagés pour loger séparément les indigents des deux sexes. La Révolution résolut certaines difficultés financières, laissant à l’abandon de nombreuses dépendances qui finirent par s’écrouler.

En 1791, un cortège venant du Couvent des Jacobins détruit apporta en grande pompes le cœur de Thibault V, pour le réunir à sa dépouille, puis en 1794, un autre cortège armé s’empara des ossements  des Comtes rassemblés là pour les jeter dans le bassin du Grand Canal.

Le cœur inséré dans un petit monument fut sauvé. L’ordre revenu, l’Hôpital Général accueillera les nécessiteux image069.jpgpendant près de deux siècles.

 La cour centrale, carrée était dessinée par 3 grands corps de logis, fermée au Sud par l’église du XIII°. Ce quadrilatère était bordé sur les 4 côtés d’une galerie. Seules 2 subsistent à l’Est et à l’Ouest, toutes 2 sauvées en 1843 grâce à l’intervention de Prosper Mérimée à la suite de la destruction de la galerie Sud demandée par l’administration de l’Hospice de Provins.

La galerie Ouest est la plus ancienne du XIII° siècle, la galerie Est  date certainement d’une campagne de travaux du début du XVI° siècle.

La galerie Nord disparut lors de la réfection du corps de bâtiment Nord refait en 1762, la galerie Sud était adossée aux vestiges de l’église du XIII° dont les fondations persistent.

Depuis 1980, ce couvent est propriété de la Bibliothèque nationale qui y a installé un centre de traitement de la presse. Elle devrait quitter les lieux.