Trafford Curry, parachutiste américain, atterrit à Combs-la-Ville.

Monsieur Antonio BOUVET.

 

Que s’est-il passé le 3 septembre 1943 à Combs-la-Ville vers 10h00 ?

Rien  ou presque. Une alerte qui fait rentrer chacun chez soi pour se mettre à l’abri. Mais rien qui n’inquiète les habitants, aucun bombardement n’a eu lieu sur la ville depuis 1940.

Pourtant cette fois-ci, un événement va perturber la vie habituelle de quelques-uns.

 

Posons le décor.

 

4_01_1Le 3 septembre 1943, l’aviation américaine (USAAF : United States Army Air Forces) lance, à partir de l’Angleterre,  une mission de bombardements sur les usines travaillant pour les allemands,  et sur  les aérodromes utilisés par la Luftwaffe dans la zone nord de la France.

Le 100th BG (Bomber Group) est chargé de bombarder l’usine Renault à Billancourt.

Cette formation est composée de quatorze Bombardiers B17 (surnommés Forteresses Volantes). Quatre appareils seront perdus lors de cette mission.

 La cible étant  cachée par les nuages, la formation est dirigée vers un autre objectif : un important aérodrome installé par les allemands à proximité de la commune de Beaumont-le-Roger, située dans  le département de l'Eure.

La formation de B17, se dirige donc vers la Normandie, en survolant la Seine-et-Marne.

Pris à parti par la Flack et par la chasse allemande, plusieurs appareils sont touchés et s’écrasent dans la campagne.

 

L’un d’entre eux, le 42-30089 « Sunny » EP-K du 351th BS,  est atteint de plein fouet par la Flak. Bien que son moteur n° 2 et la soute soient en feu, le « Sunny » réussit à se maintenir en vol pendant quelque temps, avant d’aller s’écraser  dans la vallée du Réveillon vers le bois d’Auteuil à Villecresnes (94).

L’équipage comprenait dix membres. Cinq seront tués.

Les cinq autres ont sauté en parachute. Quatre atterriront près de Villecresnes et seront faits prisonniers.

Le cinquième parachutiste, Curry Trafford, va atterrir à Combs-la-Ville.

 

 

untitleddddD’où venait cet équipage ?

En 1943, l’équipage n°26  avait été formé à Wendover Field, Utah. Leur avion était le « Little Mike » n° 42-3234 ".

Composition de l’équipage, commandé par Richard C. King, en 1943.

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Debout: Heber Hogge, Jr., Donald E. Wise, Trafford L. Curry, Sutton Barney, Rudolph H. Harms

 À genoux: Ernest Anderson, Edward H. Hovde, Richard C. King, Owen "Cowboy" Roane.

Arrivé en Angleterre, le 351ème escadron du 100ème groupe de bombardement est basé à Thorpe Abbotts.

 

 

 

Nous sommes le 3 septembre 1943. L’objectif principal était les usines Renault à Billancourt, la cible secondaire était l’aérodrome de Beaumont.

 

Le 9 août 1943, lors d’une mission de bombardements près de Paris, le « Little Mike »  fut très sérieusement endommagé.

Notre équipage fut donc transféré sur un avion de remplacement, «  le Sunny ».

Voici la composition de l’équipage du Sunny selon le document 201 G-E-22 du Headquarters Eight air force :

 

1ST LT RICHARD C. KING 

Pilote 

Tué au combat

F/O GEORGE D. BRYKALSKI

Co-pilote

 Tué au combat

2ND LT ERNEST ANDERSON

Navigateur 

Prisonnier de guerre

 2ND LT EDWARD H. HOVDE E

Bombardier

Prisonnier de guerre

 L. T / SGT Trafford L. CURRY

Mitrailleur dorsal

Évadé

S/Sgt Harms Rudolph

Mitrailleur ventral

Tué au combat

T/Sgt McKnight Robert

Radio et mitrailleur

Tué au combat

S/SGT HEBER HOGGE, JR.

Mitrailleur de queue

Prisonnier de guerre 

S/SGT DONALD E. WISE

Mitrailleur côté droit 

Tué au combat

S/Sgt Sides James Marshall

Mitrailleur côté gauche

Prisonnier de guerre

 

Comment les membres rescapés du B17-Sunny ont vécu les derniers instants à bord ?

 

Note du journal personnel de Jim Sides :.

« L’altitude de bombardement était de 23.000 pieds (7000 mètres). Une fois sur l’objectif (Billancourt), nous avons été touchés par un tir direct de canon de 88 mm sur deux de nos moteurs qui ont pris feu.

Sous le choc, nous sommes sortis de la formation. Le pilote, le lieutenant King, a tenté de revenir dans la formation. C’est alors que nous avons alors reçu des obus de la défense anti-aérienne dans notre soute à bombes et dans le compartiment de la radio, chaque coup provoquant un incendie. Les avions de chasse nous avaient également pris à parti. Toutes les communications ont été coupées ».

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3_35_1Déclaration de Trafford Curry enregistrée à Thorpe Abbotts (Norfolk Angleterre)  en Janvier 1944:

« A ce moment, j'étais  dans la tourelle dorsale quand nous avons été touchés par la « flak », au-dessus de la région parisienne. Notre avion a quitté la formation  dans une forte plongée pour se stabiliser plusieurs milliers de pieds au-dessous. Je quitte ma tourelle  pour voir ce qui s’est passé.  Immédiatement, je remarque  que l'avion  était en feu,  tant dans la soute des bombes que  dans le compartiment du  radio-navigateur.

Photos d'archives du 100ème BG

 

 
L’avion était très gravement endommagé et les incendies trop avancés pour être éteints. J'ai enfilé mon parachute  et quand l’ordre a été donné d’abandonner l’avion, j'ai essayé d'aller vers la trappe du navigateur, mais j’ai changé d’avis quand j'ai vu le feu et la fumée dans cette partie de l'avion. Je suis ensuite allé à la soute à bombes, et j’ai sauté à travers les flammes qui pratiquement couvraient cette partie de l'avion. Juste avant de sauter,  j'ai regardé en arrière et ai  vu le lieutenant King et son co-pilote ajuster leur parachute. Après l’ouverture de mon parachute,  j'ai vu plusieurs autres parachutes sortir de l’avion, mais je n’ai jamais su ce qu’ils étaient devenus.

L’avion a disparu et j'ai appris plus tard qu'il s'est écrasé dans la vallée du Réveillon vers le bois d’Auteuil à Villecresnes (94). La Forteresse sera coupée en deux par l’explosion d’une bombe restée en soute, tuant et blessant plusieurs soldats allemands accourus sur les lieux.

 

J’ai ouvert mon parachute vers  quatre-mille-cinq-cents pieds et ai atterri  au Breuil, lieudit le Grand Val non loin de Combs-la-Ville (77). J’ai été recueilli et caché par Monsieur Antonio Bouvet  du réseau « Vengeance ».

 

ü  Jusque là nous avons des informations de l’US Air Force, rapportées par les témoins directs.

 

La suite de ce récit est construite à partir d’informations parcellaires de plusieurs sources orales.

Je n’ai malheureusement pas pu rencontrer les personnes ayant vécu cet événement.

Néanmoins, la ligne principale de mon récit est sûre, seuls des détails peuvent prêter à discussion.

 

3_trafford aRevenons sur terre, à Combs-la-Ville.

Nous sommes le Vendredi 3 septembre 1943. Il est 10h00. Le temps est légèrement couvert.

Les sirènes d’alerte ont lancé leur sinistre mugissement. Le bruit des avions se fait entendre, couvert par les explosions des obus de DCA.

Des avions sont touchés. L’un d’eux, en feu, survole Combs-la-Ville pour aller s’écraser à Villecresnes. Un parachute descend lentement vers le Moulin du Breuil, de l’autre coté de la rivière. Il s’agit de Trafford L. CURRY

Monsieur Antonio Bouvet, qui était sorti malgré le danger, se précipite vers la rivière, suivi de sa fille. Celle-ci, plus rapide que lui, monte dans une barque, traverse la rivière, ramène le parachutiste. Malgré les dangers pour lui et sa famille, Monsieur Bouvet le cache  chez lui.

Qui était Mr Bouvet ? Il était artisan peintre à Combs-la-Ville. Son atelier se trouvait au 5, place de l’église. En dehors de son activité d’artisan, il avait une activité plus secrète et infiniment plus dangereuse : il faisait partie du réseau de résistance « Turma-Vengeance ».

 

Fort de plus de trente-mille membres répertoriés, le réseau « Turma-Vengeance » fut un des tout premiers mouvements de Résistance et parmi l’un des plus importants en nombre. Apolitique et implanté en zone occupée, ce réseau vit le jour dès 1940.

AVIS_STULPNAGEL-7fd83Les buts étaient le renseignement, l’évasion et l’action de sabotage.

Ainsi, de 1940 à 1944, plusieurs centaines de jeunes aviateurs anglais, canadiens ou américains  furent hébergés temporairement chez des particuliers avant de gagner l’Angleterre  via l’Espagne.

Faire partie de ce réseau n’était pas sans danger.

En effet, à cette époque, comme l’annonce l’affiche ci-contre, il est strictement interdit par la force occupante de porter une aide quelconque à un parachutiste allié, sous peine de déportation, voire de mort.

Quelques habitants de Combs-la-Ville firent partis de ce réseau. Entre autres Messieurs Antonio BOUVET et  Louis Danesi. Mr Danesi  était terrassier poseur de voie pour la SNCF.

M. Bouvet, dont le nom de code était « Charles », faisait partie du Réseau Vengeance, comme CFV.

Voyons la situation de notre parachutiste. Il ne pouvait rester longtemps à Combs-la-Ville, les allemands, fort présents, le recherchant activement. Et Monsieur Bouvet n’était pas à l’abri d’une dénonciation.

 

Après des contacts avec la filière d’évasion, un rendez-vous est organisé dans le hall de la gare de Lyon à Paris.

 

Bien sûr, pas question de prendre le train à Combs-la-Ville, la gare est bien trop surveillée. Déguisé en ouvrier terrassier de la SNCF, Trafford L. CURRY  part à bicyclette, accompagné de Messieurs  Bouvet et Louis Danesi. Pour donner l’impression d’un déplacement familial, Mademoiselle Bouvet voyage assise sur le cadre de la bicyclette du pilote.

Ils évitent la route nationale en prenant les chemins de campagne pour gagner Villeneuve-Saint-Georges. De là, le parachutiste et Mr Danesi  prennent le train jusqu’à la gare de Lyon

 

Le pilote sortira de France par l’Espagne. Il arrive en Angleterre le 17 janvier 44, il est rapatrié aux USA le 25 du même mois.  Monsieur Bouvet recevra le 1er Janvier 1945 confirmation de la fin heureuse de cette péripétie.

 

 

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6Après la guerre, Monsieur Bouvet sera décoré de la croix de guerre pour ce sauvetage.

 

Il recevra du Général Dwight D. Eisenhower, mandaté par Harry Truman, président des USA, un diplôme de reconnaissance  pour service rendu à la nation américaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, peu de Combs-la-Villais connaissent  cet événement.

Note : Peut-être allez-vous découvrir des inexactitudes, ou pouvez-vous nous fournir des informations complémentaires ? Merci de nous les communiquer. Nous nous ferons un plaisir d’apporter les corrections.

 

Les Sources :

Ø  Documents de Monsieur ROBIN

Ø  Archives du 351ème escadron du 100ème groupe de bombardement  (351st Squadron, 100th BG)

Ø  MACR n° 684 et 685 (Missing aircraft crew report).

Ø  Documents personnels