Monographie de Lieusaint

 

Monographie communale

 

Lieusaint est situé sur la route de Paris à Gex ou de Paris à Genève par le Simplon.

            Les hameaux ou fermes sont Servigny, Varâtre et Villepède, fermes ; la Barrière, maison bourgeoise, le chemin de fer comprenant la gare, la sucrerie et deux autres habitations.

            Le village est à 87 m d’altitude et distant de :

-       9 kilomètres de Brie Comte Robert, chef lieu du canton,

-       14 km de Melun, chef lieu du département,

-        32 km de Paris.

Il est compris entre le 48° degré et le 49° degré de latitude nord, à 14’ au nord du 48° ; et à 12’ à l’est du Méridien français.

Dans le travail de triangulation exécuté pour l’établissement de la Méridienne de France, ou méridien de Paris, l’abbé Picard vers 1650 et plus tard les Cassini mesuraient pour base de triangle la distance de Lieusaint à Melun.

De nos jours, en 1878, le général Perrier, chef de la mission géodésique qui revisa la Méridienne et en mesura un arc considérable qui va de Dunkerque à Laghouat (Algérie) a pris également pour point de départ de son travail la même base de Lieusaint à Melun.

Le territoire de Lieusaint a la forme d’un pentagone irrégulier et termine à l’ouest le plateau de la Brie. Il est limité par ceux de Nandy, au sud ; de Combs la Ville au nord, de Moissy-Cramayel à l’est et de Tigery (Seine et Oise) à l’ouest.

Les deux tiers de sa surface sont formés d’un sol argileux de 1m50 environ d’épaisseur avec sous-sol de calcaire grossier. Le reste, au nord, vers la forêt de Sénart, d’un sol argilo-silicien reposant sur sous-sol ferrugineux.

Un faible ruisseau seulement le des Hauldres le traverse vers le nord. Ce ruisseau prend naissance sur le territoire de la commune de Réau, sert de collecteurs aux nombreux drains de la plaine qu’il traverse, et reçoit aussi, malheureusement, les eaux corrompues des distilleries d’amont et de la sucrerie de Lieusaint.

Le climat est assez salubre et les vents sont ceux du sud-ouest et du nord. Les orages aussi fréquents que dans les communes limitrophes, n’y causent presque jamais les dommages qu’ils occasionnent dans d’autres  contrées parce qu’ils se dirigent souvent soit sur la Seine qui coule à 7 km, à Corbeil, soit sur la forêt de Sénart située à 1 km au nord.

Les 1200 hectares qui forment l’étendue des terres de Lieusaint sont en terres cultivables très fertiles et la culture intensive y est pratiquée. Cette culture a subi, depuis 1845, différentes évolutions que je coirs devoir indiquer.

En 1845, la base de la culture était la jachère ou, pour mieux dire, le blé suivait toujours la jachère. L’assolement était ainsi disposé : blé, avoine, luzerne. Les terres à blé étaient fumées avec du fumier de ferme à raison de 25000 k l’hectare ; l’avoine ne recevait pas d’engrais.

En 1850, le colza venu du nord, comme plus tard la betterave, remplaça la jachère. Cette plante était d’un excellent apport pour la culture. On commença alors à employer la guerre du Pérou. Le terrain destiné à être ensemencé en colza recevait 260 k de cet engrais à l’hectare, on employait le fumier de ferme, pour la brie, l’avoine se semait sans engrais comme lorsqu’elle suivait le blé de jachère.

Au bout de sept à huit ans, vers 1856, la culture de la betterave fut substituée à celle du colza qui ne donnait plus que des récoltes inférieurs. C’était la betterave à alcool et alors s’édifièrent les distilleries dans les principales fermes de la commune : à Servigny, à Villapède et à la Barrière pour les autres fermes.

L’emploi des engrais changea avec cette nouvelle culture. Les terres préparées pour la betterave recevait du fumier de ferme et pour le blé qui suivait on employait la guano ; c’est-à-dire que l’on faisait le contraire de ce qui se pratiquait avec le colza comme base de l’assolement. L’avoine qui vient invariablement après le blé, recevait alors de l’engrais.

En 1874 , la betterave à sucre remplaça la betterave de distillerie, la sucrerie de Lieusaint fut construite et le mode d’emploi des engrais changea de nouveau. Le terrain à betterave recevait des engrais de ferme et des engrais chimiques, et le blé suivant des engrais chimiques, seulement, et en petite quantité.

Conséquences :

Le blé fut produit à bon marché.

Le cultivateur vendant la plus grande partie de sa paille et de son fourrage, les bestiaux diminuèrent notablement.

Depuis la loi de juillet 1884 sur les sucres, la betterave est cultivée de manière à donner la plus grande densité c’est-à-dire le plus possible de sucre. Elle reçoit des engrais chimiques en grande quantité. Le fumier de ferme est enterré à l’automne et en avril, la betterave est semée sur un labour de 0m12. Il n’y a rien de changé pour le blé et les autres cultures.

Les rendements augmentent en quantité et en qualité.

La betterave produit 28000 K à l’hectare valant 25 f les 1000 k

Le blé ----- d° ---------  30 hl ---------------- d° ---------------------

L’avoine – d° ---------   33 hl ---------------  d° --------------------

Les terrains propres à la culture sont ainsi ensemencés :

            220 hectares en betteraves

            330 ---------------- blé

            330 ---------------- avoine

            165 ---------------- luzerne

            55 -----------------  trèfle, vesces, sainfoin et maïs

Toutes ces terres sont exploitées par sept grandes fermes dont l’outillage est composé de la manière suivante : 14 extirpateurs, 14 herses bataille, charrues, brabant, cylindres en bois, en fonte ; brise-mottes, semoirs, faucheuses ; moissonneuses en quantité suffisante.

Les capitaux nécessaires et engagés sont de 800 f l’hectare.

Depuis 15 ans, le prix du blé a diminué de 2f par hectolitre, celui de l’avoine de 1f, la betterave a gagné 5 f par 1000 k ; la paille a gagné 1f et le fourrage a perdu 1f par quintal.

Le prix des engrais a diminué de 30 pour cent et, malheureusement, depuis cinq ans, le prix de la main d’œuvre a baissé de 10 pour 100.

La culture de betterave industrielle et des céréales n’est pas la seule qui soit prospère à Lieusaint. On y voit aussi de belles pépinières qui couvrent une surface d’environ 25 hectares et dont la fondation remonte à plus de 150 ans. On y trouve toutes les semences forestières ainsi que toutes les variétés d’arbres et d’arbustes d’agrément, mais, c’est surtout pour les arbres fruitiers que ces pépinières sont renommées. Le principal établissement fait pour 120 000 f d’affaires par an et ce chiffre va toujours en augmentant. Il convient d’ajouter que l’intelligent directeur-propriétaire M.Ausseur Serbier n’a rien négligé pour le développement de son industrie et qu’il a été récompensé de la belle tenue de ses plantations et de leur richesse par de nombreuses médailles et la croix de mérite agricole.

Le petit ruisseau dont les eaux sont corrompues pendant six mois de l’année ne nourrit pas de poisson et la pêche y est conséquemment nulle. En revanche, le gibier, lapin, lièvre, perdreau et faisan, est abondant et par suite, la chasse agréable. L’élevage du perdreau et du faisan se faisait autrefois mais il a été abandonné. Le vide qui se fait chaque année est comblé par les invasions de la forêt de Sénart et des propriétés de M. Béranger qui avoisinent le terroir communal et où le gibier est protégé et multiplié à grands frais.

Le cultivateur ne chasse pas sur les terres qu’il exploite. La chasse est réservée par le propriétaire soit pour lui-même soit pour la louer fort cher à différents négociants parisiens.

Le commerce, sauf la vente des objets et denrées nécessaires aux besoins locaux, ne consiste que dans la vente des produits de la sucrerie et de ceux du sol : céréales, pailles, fourrages, arbres de pépinières, etc. L’exportation se fait sur Corbeil, par la route de Nangis à Corbeil, sur Paris et sur Melun par la route de Paris à Gex qui traverse le village, et par le chemin de fer de PLM qui parcourt le terroir à l’est sur une longueur de deux kilomètres et dont la gare est située à 1km5 du centre du village.

Les frais de transport des marchandises expédiées par cette gare s’élèvent à environ 25000 f. Il est vrai que ce chiffre comprend l’exportation des communes de Moissy, Réau et Limoges qui desservies par la gare de Lieusaint.

Il existe à Lieusaint un bureau de Poste depuis … et un bureau télégraphique depuis 5 ans. Le bureau de poste qui est aujourd’hui pour la commune seulement, desservait encore, il y a cinq ans Moissy, Réau et Limoges.

Il y avait autrefois un relais de postes qui a duré jusqu’à l’établissement de la voie ferrée.

            On n’a aucune donnée sur la date probable de l’origine de la commune. Cependant, l’église qui conserve des restes de style roman (fenêtre et voûte plein cintre) paraît avoir été construite du XII° au XIII° siècle. Or, au moyen âge, cette construction était le principal édifice public, la maison commune même. Le village existait donc à cette époque ; mais il y a lieu de croire que le commencement de la communauté remonte à une époque plus reculée.

            Pendant la domination romaine, Lieusaint faisait partie de la quatrième Lyonnaise. Depuis et jusqu’à la division départementale 1791, il a été compris dans l’Ile de France, relevant de la Généralité de Paris et de la Châtellerie Prévôté de Corbeil.

Le village, qui se trouve sur une grande voie de communication a beaucoup souffert de la dernière invasion allemande. Un relevé exact indique que 396000 ennemis y ont logé au passage pendant le temps qu’a duré le siège de Paris. Les réquisitions et pertes se sont élevées à plus de 100000 f, sur cette somme 60000 f reconnus par la municipalité ont été abandonnés spontanément par les cultivateurs et propriétaires de la localité.

Trois jeunes gens ont trouvé la mort sur les champs de bataille, ce sont les nommés Potier, Harloy et Kerner.

Lieusaint possède deux écoles communales spécialisés aux garçons et aux filles, et une école congréganiste libre de filles.

Il n’y a rien dans les archives communales qui permette de se renseigner sur ce qu’était l’enseignement avant la révolution. Cependant, des les premières années du 17ème siècle, on peut constater l’existence non interrompue de l’école par les noms des maîtres inscrits comme comparants pu témoins dans les actes de baptêmes, mariages ou sépultures ; mais non au point de vue de la condition du maître, d e son traitement, des dons ou fondations, etc.

On peut constater également que l’école n’était pas permanente et qu’elle n’était ouverte que cinq ou six mois de l’année, au plus. Le maître d’école qui presque toujours était de la localité, y avait comme ses concitoyens, sa maison et son champ et les travaux de culture l’occupaient, comme eux, une grande partie de l’année. A la Saint Martin, lorsque les travaux agricoles étaient achevés, on rentrait à l’école pour n’en sortir qu’à la fin avril.

Le traitement qui était toujours peu élevé et très variable était formé des éléments les plus divers. Cet état de choses se continue longtemps encore après la Révolution, et ce n’est que vers 1820 que l’on voit l’établissement scolaire avoir à  sa tête un fonctionnaire nommé régulièrement et émargeant au budget communal.

 

Faits historiques rapportés par la tradition :

 

On dit que Saint Louis allant à la croisade de Tunis est passé à Lieusaint et a établi sa tente dans un carrefour où, depuis, a été érigée l’église. Ce récit est assez vraisemblable ; la route de Paris à Gex étant la plus directe pour aller à Aigues-Mortes et Lieusaint étant à une étape de Paris (32 km).

 

Histoire de Chasse de Henri IV

 

On raconte que Henri IV chassant un jour d’automne dans la forêt de Sénart quitta ses invités et vint, pour s’y rafraîchir au Moulin Michaud situé sur le terroir de Lieusaint. Le meunier ne sachant pas quel visiteur il avait l’honneur de recevoir fut d’abord fort réservé et ne lui servit qu’une faible piquette et une maigre pitance disant que c’étaient là les seules ressources de sa cave et de son garde-manger. Cependant, la gaieté et la bonhomie du monarque ayant gagné la confiance du meunier, celui-ci apporta une bouteille d’excellent clairet du pays – on y cultivait la vigne autrefois – et le reste d’un cuissot de chevreuil dont la provenance ne pouvait être douteuse.

Le roi buvait, se restaurait, jasait, avait Maître Michaud et sa fille Margot et le temps s’écoulait, lorsqu’on entendit une fanfare éclatante se diriger vers le moulin. C’était la chasse qui recherchait le roi et savait qu’on le trouverait plutôt au moulin qu’à errer le nez au vent, dans la plaine. Le meunier fut fort troublé en apprenant qui c’était le chasse qui arrivait.

Comment vais-je reconnaître le roi, demanda-t-il à son visiteur ? – Très facilement ; les chasseurs se découvriront et le roi seul restera couvert. Tout le monde étant entré au moulin, le meunier écarquillait les yeux pour découvrir le roi et, ne le voyant pas,s e retourna vers son hôte – Mais où est-il . il n’y est donc pas, ils sont tous découverts ? – Et moi, lui dit le roi ? – C’est donc vous ? – Dame ! puisque je suis le seul qui ne se découvre pas –

Il est facile de se rendre compte de l’ahurissement de maître Michaud que le Bon Henri, d’ailleurs, rassura vite en lui donnant l’autorisation de tuer de temps en temps un chevreuil dans les bois de Sénart. Quelques jours après, il lui fit remettre une somme d’argent pour servir de dote à Margot.

Depuis 1789, et en mémoire de cette aventure de chasse du roi vert galant, les propriétaires du terrain où était bâti le moulin firent inscrire dans les baux de leurs fermiers la réserve suivante :

« M. de Nanteuil se réserve expressément le droit de distraire la pièce de terre formant n° 11 au plan dressé par le Sr Jollain, qui fait l’encoignure du chemin de Quincy … et sur laquelle était autrefois bâti le moulin des héritiers Michaud dont il est parlé dans la partie de chasse de Henri IV. »

Je ne saurais terminer ce court exposé de géographie locale sans dire quelques mots sur le meurtre du Courrier de Lyon qui eut lieu en 1796 et qui causa dans le public autant d’émoi que celui de Fualois dans l’Aveyron, en raison de la fatale méprise qui fit condamné à mort le malheureux Lesurgues. On croit généralement que le drame se passa dans la forêt de Sénart ainsi que l’indiquent la pièce qui s’est jouée autrefois au théâtre de la Gaieté et celle qui se joue présentement à la Porte St Martin. C’est une erreur. Le crime, tramé à Paris puis à Lieusaint où les bandits passèrent la journée qui le précéda, fut accompli à mi-chemin de Lieusaint à Melun sur le terroir de la commune de Vert St Denis, au lieu-dit la Fontaine ronde. Le lendemain matin on retrouva la voiture de poste pillée et sans attelage, avec les deux victimes : le courrier de Lyon, qui était parisien, et le postillon qui avait son domicile à Lieusaint et dont la femme fit arrête plus tard Dubosc, le vrai coupable.

 

 

Signature de l’instituteur de l’époque illisible (1886)